Un choix artistique résolument libre et contemporain. Pour une visite dans un lieu atypique du Maine-et-Loire.
Programmation 2026
EXPOSITION en cours
Gabrielle Herveet
Lunaisons
/ 10 avril au 14 juin 2026 /
Avec le cycle matière/paysage, le Village d’Artistes propose cette année une traversée en quatre expositions, autant d’étapes pour interroger les liens sensibles que nous entretenons avec les territoires que nous habitons.
Après l’installation Bois Dormant de Solène Ortoli, Gabrielle Herveet prolonge cette exploration avec Lunaisons, un ensemble d’oeuvres conçues à partir de matériaux glanés sur le territoire ligérien.
Lunaisons est composée de sculptures et dessins qui évoquent les mesures du temps, celles de la lune et des astres comme celles visibles grâce aux plantes et aux animaux. Les saisons, les périodes de croissance et de latence des végétaux rythment notre monde depuis la nuit des temps, et pour cette exposition au Village d’Artiste à Rablay-sur-Layon, je me suis intéressée aux cultures des sols et aux regards portés vers le ciel. Ce ciel est aujourd’hui l’objet d’attentions et préoccupations. Les matériaux constituant les sculptures ont été glanés ces derniers mois dans de vieux hangars, des greniers, d’autres ont été récoltés sur des terrains sauvages, des bordures d’habitations, des friches. Il y des graines de chardons, qui soignent les terres abîmées, des Lunaria Annua, qui nous rappellent l’astre nocturne, et des pissenlits, petits soleils jaunes des gazons.
Il y a aussi des piquets de clôture, une baratte, une planche à lessive, ces objets quotidiens parlent d’une époque révolue mais pourtant très proche, celle d’avant la modernisation de nos sociétés, une époque où la ressource, la matière, les cycles étaient pensés différemment. Ici, ils deviennent support de temps, disent de longues durées, celles de leurs utilisations répétés, mois après mois comme celle de leurs permanences à travers les générations.
Des draps se couvrent de constellations pour rappeler l’importance du ciel nocturne dans la mesure du temps. Certaines étoiles, par leur disparitions et leur réapparitions à certain moment de l’année, indiquaient les moissons ou les semis, le retour de l’abondance ou le repos hivernal. Dans le crépuscule, j’ai glané dans un champ moissonné les derniers épis laissés après le passage des machines. Comme un reste de saison, un reste de printemps, les brins de paille dorés sont comme des rayons de soleil transformés en végétaux. Sur un drap de lin ancien, usé, lui aussi produit d’une saison, j’ai collé une à une les tiges de paille de ce dernier solstice. Alors peut être pourrions nous nous en couvrir. Se couvrir d’une saison, d’un temps de croissance, comme depuis des siècles et des siècles.
L’exposition propose une promenade entre le sol et le ciel, entre des symboles, des signes et des matériaux qui relient ces deux univers.
Texte : Gabrielle Herveet
Lunaisons est une exposition coproduite par le Département de Maine-et-Loire et le Village d’Artistes, dans le cadre de Prenez l’Art !, la saison d’art contemporain en Anjou.
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Gabrielle Herveet est née en 1988 à Paimpol. Elle vit et travaille à Lézardrieux. Elle est diplômée de l’École supérieure d’art et de design – site d’Angers. Gabrielle Herveet a installé son atelier en 2012 au bord du Trieux, fleuve côtier des Côtes-d’Armor. L’estuaire et ses rivages, qu’elle arpente chaque semaine, constituent l’espace matriciel de sa production de dessins et de sculptures. Depuis 2022, elle oriente ses recherches sur la mécanique du paysage, le temps et ses occurrences, en produisant des sculptures-calendriers qui questionnent nos représentations communes temporelles, entre phénomènes astronomiques et naturels, intimes et universels.
EXPOSITION passée
Solène ORTOLI
Bois dormant
/ 30 janvier au 6 avril 2026 /
Le Village d’Artistes présente Bois Dormant, une exposition personnelle de l’artiste Solène Ortoli, organisée dans le cadre d’un cycle de quatre expositions consacrées à la thématique Matière / Paysage.
À la manière de ponctuations, chaque œuvre pose le décor d’un intérieur domestique. Les figures humaines y sont absentes, ne demeure que la présence des objets qui, dans une temporalité qui semble figée, opèrent un retour progressif vers la matière qui les constitue.
La dimension ordinaire de l’espace habité se déconstruit pour faire place à un nouvel ordre dans lequel le dedans et le dehors cohabitent, et où se produit un basculement du réel vers sa représentation.
« Je considère mes installations comme des fragments de scénographies, et mes peintures comme des esquisses que j’imagine mettre en espace. »1
Les peintures de Solène Ortoli accompagnent les pièces, évoquant des espaces dans lesquels une action en cours ou à venir reste en suspens. Certains éléments se prolongent au-delà du support pictural créant une continuité entre les différentes composantes de l’installation.
La surface des choses se fond dans le tissu du monde. Un lit défait devient le support sur lequel le mouvement d’une couverture dessine une étendue de plaine dans le reflet d’un miroir, la structure ondulée de chutes de bois forme un rideau, une porte ou un placard, la palette de peintre compose les parties d’une table de chevet, le dos d’un châssis révèle un paysage à la manière d’une fenêtre, et la coupe d’une pierre laisse apparaitre un ciel, ou la surface de l’eau. Un tapis s’unit à un parterre de terre sur laquelle une chaise paraît prendre racine, tout comme les branches d’un arbre dont les feuilles évoquent le passage d’une saison.
L’horizon qui rend visible, tout en dérobant la part d’invisible, incarne l’ambiguïté de notre rapport au monde. Une série de photographies libres de droits présente des vues de montagne archétypales, imprimées sur papier puis pliées, dans lesquelles la relation entre le ciel et la terre se renverse. L’image d’un coucher de soleil sur la mer se déploie sur un tissu glissant le long du mur et dont la fluidité se confond avec le mouvement des vagues.
Cet ensemble d’images et de matières compose un poème sans mots. Il révèle la théâtralisation du paysage qu’opère notre perception dans sa tentative d’appropriation de l’insaisissable.
Texte : Livia Parmantier
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Formée à la scénographie à l’École Nationale des Arts Décoratifs de Paris dont elle est diplômée en 2008, Solène Ortoli développe aujourd’hui une démarche pluridisciplinaire. Elle travaille à Paris en tant qu’indépendante et, au gré des événements auxquels elle participe, elle est amenée à concevoir des projets dans différentes régions françaises. Ses équipes sont souvent composées d’artisans et de constructeurs implantés dans les régions où elle intervient. Tout en explorant leurs zones de lisières, les installations qu’elle conçoit naviguent entre dispositif artistique, scénographie et création de jardin. Inscrite dans une démarche éco-responsable, elle cherche également à introduire une forme de théâtralité au sein des sites qu’elle investit. En mobilisant des codes de la scénographie et du décor, en troublant la perception de l’espace par un jeu de percées et de reflets, elle tente de faire basculer l’imaginaire du visiteur vers un ailleurs, de créer un espace distancié de la réalité. En parallèle de ce travail in situ, Solène Ortoli développe une approche picturale de l’espace et du paysage, par la peinture et par un travail de remodelage photographique. À travers ces fabrications formelles déployées à différentes échelles, elle interroge notre approche d’appréhender le réel et le rapport que nous entretenons avec notre environnement architectural et naturel.
1 Entretien avec Solène Ortoli. Paris, 10.12.2025.










